Récemment annoncé lors de la conférence d’Xbox au Summer Game Fest 2026, le jeu Fable prévu pour le 23 février 2027 ne sera pas doublé en français. Un mois auparavant, les joueurs de Forza Horizon 6 ont remarqué qu’aucun doublage français n’était présent dans le jeu alors qu’il a toujours accompagné la licence. Comme-ci ce n’était pas assez et comme […]
Récemment annoncé lors de la conférence d’Xbox au Summer Game Fest 2026, le jeu Fable prévu pour le 23 février 2027 ne sera pas doublé en français. Un mois auparavant, les joueurs de Forza Horizon 6 ont remarqué qu’aucun doublage français n’était présent dans le jeu alors qu’il a toujours accompagné la licence.
Comme-ci ce n’était pas assez et comme coup d’épée à énergie final, les voix françaises du jeu Halo Campaign Evolved (deuxième refonte graphique de Halo Combat Evolved) ne seront pas doublées par les comédiens emblématiques mais par … L’Intelligence Artificielle.
De l’IA pour doubler les jeux chers à notre enfance ? Sérieusement ?
Dans le cas de Halo, les voix françaises de David Krüger et de Laëtitia Lefèvbre ont accompagné nos plus belles années JV avec les personnages du Master Chief et de Cortana. Ces doubleurs ont largement contribué à rendre cultes des répliques et même les personnages qu’ils incarnaient tout au long de la licence.
David Krüger à gauche, Master Chief à droite. A moins que ce ne soit l’inverse (Source : XboxyGen)
Nous posons directement notre avis mais une IA ne doit JAMAIS remplacer des comédiens de doublages. Et ce n’est pas la multiplication de contenu généré par cet outil avec des voix génériques et inintéressantes car dépourvues d’un fond, d’une intention et d’une émotion qui nous fera changer d’avis.
Mais alors se posent plusieurs questions autour de cette « nouveauté » dans les jeux vidéo : Pourquoi faire appel à de l’IA ? Que se passe t-il avec les comédiens français pour que certains jeux se voient amputer d’audio français tandis que d’autres se font remplacer par l’IA ? Quelles actions peut-on entreprendre pour lutter contre ces nouvelles méthodes dont on ne veut pas ?
Du côté des éditeurs
Nous pouvons argumenter que le doublage a un coût non négligeable lors de la production d’un jeu vidéo. Les jeux sont toujours plus gros, et les fichiers audios représentent généralement une part considérable dans le développement. Les textes sont plus longs qu’avant entre quêtes secondaires, évènements sur le côté, et nombre de PNJ affichés à l’écran. De plus, ce coût peut être rapidement multiplier par 10 si l’on prend en compte les langues les plus parlées dans le monde pour satisfaire tous les joueurs.
Le doublage prévu pour Fable, 4 langues (Steam)
Dans le cas d’un studio indépendant, il n’est donc pas surprenant que le jeu ne dispose pas d’un doublage français car les développeurs ignorent si le jeu sera rentable et ne peuvent se permettre d’investir dans des voix supplémentaires. Même si l’utilisation de l’IA est ici critiquable, elle peut être plus « compréhensible ».
Dans le cas d’un éditeur « classique » générant des millions voire des milliards de dollars, cette question de rentabilité, bien qu’elle se pose, n’est pas un argument valable pour justifier l’absence de la VF dans un jeu. En effet, on considère que la majorité des joueurs français jouent en VF afin de ne pas briser l’immersion dans le jeu car les versions sous-titrés exigent d’être vigilant à la fois sur l’image et sur le texte situé en bas. De même qu’un joueur francophone non habitué aux langues étrangères aura des difficultés à comprendre les évènements du jeu et passera sans doute à côté, affaiblissant la rétention de ce joueur.
Et comme le rappelle l’Organisation Internationale de la Francophonie, nous sommes près de 396 millions de locuteursdans le monde dont 65% des francophones sur le continent Africain, marché ô combien porteur dans les décennies à venir.
Il semble donc difficile de se passer de tiers d’un milliard de consommateurs potentiels lorsque l’on développe un jeu vidéo. De même que nombre de ces consommateurs sont des enfants et n’ont pas les moyens de comprendre d’autres langues que leur langue maternelle.
Un argument que nous pourrions retenir à l’avantage des éditeurs est que du point de vue de la productivité et seulement celui-ci, lors de la mise en production d’une extension par exemple, il peut être « peu pratique » de réengager le même comédien de doublage qui se trouve potentiellement embarqué à 100% sur un autre projet ou n’est pas disponible pour raisons médicales.
Cependant, nous mettons cet argument entre gros guillemets car il concerne tous les métiers de l’audiovisuel et il ne suffit pas à justifier un remplacement par l’IA car le seul à vraiment « incarner » son personnage, c’est le comédien. Il l’a travaillé, il lui a ajouté des mimiques vocales spécifiques, il a choisi certaines pauses marquées dans la parole. Si réellement le sujet est urgent, on le remplacera par un autre comédien.
Dans le cas des voix, on utilise l’IA dite générative qui est un outil puissant de synthèse. Elle analyse les voix déjà enregistrées pour les reproduire sur un texte nouveau. A ce jour, le résultat est vide de substance. Il se contente de recracher ce qu’il connaît mais n’en a aucune conscience et n’improvisera rien de nouveau.
A contrario, prenez deux comédiens différents, faites leur lire exactement le même texte, vous aurez deux résultats significativement différents auxquels vous n’auriez peut-être même pas pensé.
Même avec un texte nullissime dans Halo infinite, le doublage était bon et peut parfois sauver l’ambiance d’un jeu.
Qu’en disent les comédiens de doublage ?
Les comédiens sont naturellement contre l’utilisation de l’IA qui pourrait rapidement les remplacer. Dans le cas de Fable, Forza Horizon ou plus anciennement celui d’Apex Legends, les comédiens refusent de signer les contrats tant qu’une certaine clause y apparaît.
Dans un communiqué du 8 septembre 2025, le Syndicat Français des Artistes et Interprètes (SFA) à mis à disposition des artistes une clause afin de se protéger des potentielles utilisations de l’IA après avoir travaillé sur un jeu. Cette décision fait suite à la volonté de Microsoft et d’Electonic Arts d’imposer une clause qui n’exclurait pas la possibilité que les éditeurs puissent se servir d’enregistrements faits lors de la conception du jeu pour « entraîner » leurs intelligences artificielles.
En effet, on sait que l’IA est capable de synthétiser la voix d’un comédien de doublage suite à son travail sur un jeu. Dès lors que l’enregistrement a été effectué, rien n’exclut la possibilité que l’éditeur puisse pleinement utiliser cette IA pour produire un doublage à moindre coût et ce, sans faire intervenir l’artiste en question dans le processus. Que ce soit pour des extensions / re doublages ou même pour de futurs projets de la licence.
En clair, en signant ce type de clause, les comédiens se retrouveraient pieds et poings liés par un contrat qui les déposséderait de leur outil de travail principal et mènerait à une précarisation massive d’un métier déjà en danger.
De ce fait, la SFA et l’association professionnelle LESVOIX ont mis en place une pétition en ligne intitulé Touche pas ma VF afin d’alerter les pouvoirs publics à ce sujet. Vous êtes libres d’aller consulter cette pétition et de la signer, nous sommes près de 250 000 pour le moment et chaque vote est important. Vous pouvez faire la différence dans cette course effrénée vers un mur.
De plus, nous parlons essentiellement des comédiens de doublages, mais il ne faut pas oublier que d’autres métiers gravitent autour de ces personnes. Les techniciens du son qui se chargent de faire coller le nouveau doublage avec la « charte audio » du jeu. Les traducteurs appelés « dialoguistes » qui traduisent le texte en audio pour le synchroniser avec les mouvements des lèvres des personnages qui sont à différencier de ceux gérant les sous-titres… C’est toute une branche de l’industrie qui pourrait disparaître en même temps que les comédiens.
Du côté des joueurs
Les voix françaises dans les jeux vidéo, c’est mon enfance, probablement la vôtre et sûrement celles de futurs millions de joueurs dans le monde.
Je n’aurais sans doute jamais autant apprécié les jeux vidéo de la même manière si tout était en anglais dans mon enfance. Je répétais des répliques par cœur, savais quelle intonation spécifique était utilisée par le comédien et je m’attristais quand un changement de doubleur était effectué. Je ne veux pas entendre des IA me lire un texte quand je joue et je ne veux pas que les futurs joueurs soient obligés d’apprendre l’anglais pour apprécier une œuvre dite « universelle ». L’anglais et autres langues sont utiles à apprendre mais ne doivent pas être imposés dans ce contexte spécifique. De même qu’un doubleur doit être respecté, et si les grandes entreprises ont été capables jusqu’ici de nous fournir un doublage français de qualité alors cette tradition doit perdurer.
Les joueurs sont furieux depuis l’annonce des voix IA pour Halo et l’absence de VF pour Fable, les jeux se font review bombés alors qu’ils ne sont pas encore sortis et bien que je ne sois pas un défenseur de cette pratique, je ne peux pas les contredire.
Si vous ne souhaitez pas que ces voix disparaissent ou pire qu’elles soient dénaturées par un outil sans aucune âme, reniant le principe même de la créativité propre aux arts. Vous pouvez signer la pétition précédemment mentionné et boycotter TOUS les jeux issus de grands éditeurs qui ne prennent pas la peine d’inclure de la VF pour que la voix de notre belle langue puisse perdurer dans ce médium. Nos comédiens doivent pourvoir conserver leurs emplois. Ils ont fourni un travail formidable jusqu’ici et on leur doit bien ça.
Passionné de jeux vidéo depuis l’enfance, mon aventure a commencé avec Baldur’s Gate — un titre qui a marqué à jamais ma vision de ce média unique. Sur ce site, je partagerai des tests de jeux, ainsi que des articles autour de l’univers vidéoludique, selon mes envies et mes découvertes.
Les jeux que je choisis ne suivent aucune ligne éditoriale stricte : la sélection est volontairement éclectique, parfois imprévisible. Mon objectif ? Vous faire découvrir des expériences qui marquent, qui interpellent, qui émeuvent. Car le jeu vidéo, selon moi, est bien plus qu’un simple divertissement : c’est un médium hybride, capable de faire vibrer la frontière entre le réel et le virtuel.
Je privilégierai donc des œuvres qui racontent quelque chose, qui ont une âme — et j’espère transmettre, au fil de mes écrits, autant de plaisir à lire que j’en ai à les rédiger.
En espérant que mon contenu vous plaira — et surtout, qu’il vous donnera envie de (re)découvrir le jeu vidéo autrement.